"(...) Dévoiler les angles morts de notre société moderne c’est aussi l’ambition de Vincent Gouriou quand il s’immerge dans le quotidien des aides à domicile. Il suit ces femmes qui constituent la trame invisible de ces territoires ruraux de Ribérac et Tocane-Saint-Apre, un véritable maillage d’humanité. Si c’est bien la relation que le photographe cherche à mettre en image, il s’éloigne de l’iconographie attendue, de l’ostentation du geste et de l’émotion. Dans Les ombres claires, tout est en gestes lents, respectueux, précautionneux. Tout est en retenue, feutré : les lumières veloutées, dans une ambiance chuchotée autour d’un café partagé, avec le murmure d’une horloge qui scande ce temps enveloppé du calme des journées longues. Dans ce clair-obscur intemporel, ce sont des gestes qui effleurent, ménagent, soignent. Vincent Gouriou vient troubler notre conception d’une vie moderne marquée par l’accélération permanente* en proposant une ode à la bienveillance, aux relations qui préservent la possibilité d’un commun."
*Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, Éditions La Découverte, 2010.
Texte de Raphaële Bertho pour : "Le territoire révélé" - exposition du 7 février au 30 avril 2026, Espace culturel François Mitterrand à Périgueux
Production : Agence culturelle départementale Dordogne-Périgord
www.culturedordogne.fr

Trois séjours - à l’automne 2024, au printemps puis à l’été 2025.
Trois immersions dans le quotidien des aides à domicile sur le territoire de Ribérac et Tocane-Saint-Apre, en Dordogne. J’ai accompagné leurs tournées, de pavillons isolés en rez-de-chaussée d’immeuble, de fermes anciennes en appartements modestes, du matin au soir, du lever au coucher.
Ce métier, je le connaissais de loin. C’était le premier métier de ma mère. En suivant ces femmes et ces hommes, j’ai découvert la beauté et la difficulté de ce qu’ils accomplissent chaque jour. Sur les routes de campagne, j’ai vu la fatigue, le froid qui engourdit autant que la chaleur écrasante des après-midis d’été. J’ai vu la douceur dans leurs gestes, l’humour qui sauve, la tendresse qui réchauffe.
J’ai été invité dans des lieux très intimes : les chambres où l’on veille, les cuisines où l’on prépare le repas, les salons remplis de photos, d’objets, de souvenirs. J’ai assisté aux toilettes, aux soins, aux prises de médicaments, aux promenades, aux moments de silence, aux rires, aux discussions… et parfois aux pleurs. Grâce à ces visites quotidiennes, beaucoup peuvent continuer à vivre chez eux, là où tout a un sens : leurs repères, leurs gestes, leurs souvenirs, parfois un jardin, un chien, un chat. C’est un monde souvent invisible, qu’on ne regarde pas toujours, et qui pourtant tient tant de vies debout.
J’ai choisi de photographier surtout à l’intérieur des maisons. Parce que là, tout parle : les murs, la lumière, les traces du passé, la solitude parfois immense, la chaleur qui surgit quand quelqu’un entre. J’ai cherché ce clair-obscur où se mêlent fatigue et vitalité, fragilité et courage, ombre et lumière.
Les ombres claires, c’est cela : ceux qui restent souvent invisibles mais qui, chaque jour, éclairent des vies.
Je tiens à remercier profondément les auxiliaires de vie qui m’ont fait confiance et qui m’ont accueilli dans leur quotidien - chez les habitants, dans leurs voitures, autour d’un café, là où peuvent se raconter les plus belles confidences.
Merci aux personnes accompagnées qui m’ont accueilli, parfois dans les moments les plus vulnérables. Et une pensée particulière pour Odette et Maxime, qui ne sont plus là aujourd’hui.
Ce projet a bénéficié du soutien financier et technique de la Communauté de communes Périgord Ribéracois (Centre intercommunal d’action sociale du Val de Dronne) et de l’Agence culturelle départementale Dordogne-Périgord. 
Vincent Gouriou
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